Pour sa première déclaration officielle depuis les violents combats d’Am-Dam, le Président de l’UFR, Timane Erdimi, a choisi le 11 août. Tout un
symbole qui impose quelques interrogations inspirées par une pure curiosité politique. Pourquoi cette date pour une première sortie officielle après la débâcle de la rébellion sous la direction
du tout nouveau dirigeant de l’UFR ?
Là ne s’arrête néanmoins pas l’intention qui a guidé Timane Erdimi à dénier à Idriss Déby sa stature de chef d’Etat en cette journée du 11 août. Rompant avec la très mauvaise habitude qu’il a de
s’adresser uniquement à Idriss Déby et à la classe politique au pouvoir composée essentiellement de ses anciens copains, le Président de l’UFR (se voulant un destin national), adopte cette
fois-ci une stature présidentielle servie par un ton plus solennel traduisant une réelle volonté de séduire le peuple dans son ensemble et plus particulièrement la jeunesse tchadienne. Dans cette
déclaration épurée, garantie 0% plagiat, Timane Erdimi entend rendre justice à la jeunesse qui ne cesse de l’accuser d’avoir lui-même participé personnellement à l’instauration de l’injustice, au
règne du népotisme et d’avoir favorisé l’avènement de la corruption institutionnalisée lorsqu’il était aux affaires.
Inspiré donc par les dénonciations récurrentes, et comme pour dire au peuple « je vous ai compris ! », le dirigeant de l’UFR se propose de « mettre fin à
l’enrichissement illicite » et de rétablir ainsi « l’égalité » entre citoyens. A la jeunesse, il promet de s’engager dans un combat contre les « inégalités » en
mettant fin « au temps où les nantis donnent les meilleures éducations à leurs enfants tandis que ceux des canuts subissent les conséquences désastreuses du pillage national et se
contentent d’un enseignement au rabais ». Programme ambitieux, démagogique certes, que Timane Erdimi entend mettre en œuvre après avoir « débarrasser le Tchad
de la bande mafieuse,
inconsciente qui ne pense qu’à s’enrichir, tuer, piller et violer ». Et pour bien marquer la force de son indéfectible volonté de combattre Idriss Déby afin de réaliser ses multiples
promesses, le Président de l’UFR demande à son « peuple de garder l’espoir de voir ce régime corrompu et sanguinaire prendre fin ». Pour cela, Timane Erdimi affirme officiellement que
« l’UFR se prépare à attaquer de nouveau le fondement de ce régime et répondre aux aspirations de l’ensemble du peuple ». Pour une réelle "indépendance"?
Qu'à cela ne tienne, quelles conclusions faut-il tirer de ce qui, dans ce discours et dans l’époque de son prononcé, apparaît comme une curiosité dans le paysage politique tchadien ? Timane
Erdimi prend-il désormais conscience que pour arracher une réelle "indépendance", le peuple a besoin d’accorder sa confiance à un homme politique fort, capable de comprendre sa douleur,
d'entendre son cri d’alarme, de ressentir ses aspirations les plus élémentaires ; un homme politique qui sait dénoncer sans complaisances les forfaitures de ses anciens amis en les
nommant ? Idriss Déby affirme sans rire qu’il n’y a pas de corruption au Tchad. Une déclaration qui renforce la douleur d’un peuple appauvri et rendu misérable par l’institutionnalisation de
la corruption. Timane Erdimi lui répond que la classe politique est composée d’individus maffieux dont il faut vite se débarrasser. Cette réponse d’apparence banale est remplie de signification
pour le peuple qui souffre parce qu’elle est prononcée par le principal adversaire d’un chef d’Etat faible, incapable de prendre des sanctions contre les plus véreux de ses collaborateurs,
ignorant ainsi la douleur et l’injustice faites à ceux qui sont censés être ce peuple qui l’a élu à deux reprises.
On peut peut-être se féliciter de cette nouvelle orientation de l’UFR. La rébellion doit être capable de se hisser au niveau des aspirations de tout un peuple. Pour cela, Timane Erdimi doit
dénoncer nommément la horde de mafieux qui a pris le peuple en otage et protégée par Idriss Déby. C’est comme ça, et comme ça seulement, qu’il pourra conquérir l’affection populaire sans laquelle
toute lutte est vaine et tout régime, dirigé par Erdimi soit-il, sera contesté s’il verse dans le népotisme et l’ennoblissement des criminels.