Aujourd’hui, après 18 ans de pluralisme sans institutions démocratiques, le régime actuel s’enlise et mène le pays vers le chaos. L’immense espoir suscité par l’avènement du MPS au pouvoir s’est progressivement mué en désenchantement et désespoir. Au lieu de la paix et la stabilité, les Tchadiens assistent plutôt à la montée des conflits sur les fronts par la multiplication des rebellions armées. Le dialogue avec l’opposition politique intérieure est dans une impasse sans précédent.

Les Tchadiens ont cessé de croire à une solution pacifique tant le régime actuel a montré son intransigeance, son caractère autoritaire et son non respect des accords de réconciliation précédemment signés. En effet le régime actuel offre sa force belliqueuse en lieu et place du dialogue franc et sincère. Ce qui conduit indéniablement le pays vers un effondrement politique, économique et social.

En 1993, le Régime d’Idriss Deby a organisé sans beaucoup de conviction une conférence nationale souveraine qui n’était souveraine que de nom.

Malgré tout, les Tchadiens ont cru à cette grande rencontre qui était une occasion en or, ou chacun a pu dire ce qu’il veut du Tchad. En réalité le Tchad, dans son histoire d’Etat, n’a jamais eu une telle occasion où tout a été dit en toute liberté. Malheureusement les débats ont tourné court et Deby a freiné net la conférence en lui coupant le budget alors qu’il y avait des délégations venues de toutes les régions du pays. Sur sept (7) commissions, une seule a présenté un rapport débattu en plénière. Tous les autres rapports, résolutions, et recommandations ont été transmis à un organe législatif de la transition élu par la conférence mais très vite récupéré par le système. C’est ce qui a permis à Deby de remettre en cause toutes les orientations de la Conférence Nationale. Au final, il s’agit désormais d’une occasion ratée.

Autrement dit, la conférence a traité de la réconciliation nationale, de l’armée, de la sécurité, de la bonne gouvernance, de l’administration centrale et territoriale, des finances, de la justice, de la constitution, des droits de l’homme, de la communication etc.

Tous ces sujets ont été abordés avec beaucoup de lucidité et de sérieux. La conférence a élu un premier ministre qui devait donner suite à ses résolutions, décisions, et recommandations. Quatre mois plus tard, Deby a éjecté le premier ministre de la conférence. Il ne pouvait pas supporter une orthodoxie administrative et financière. Il lui a fallu trois premiers ministres avant la fin de la transition.

Pendant ce temps, tous ceux qui ont cru à la réconciliation et signé des accords avec le gouvernement ont été purement et simplement éliminés physiquement. C’est le cas de Laokein Bardé, Kété Moise, Abbas Koty pour ne citer que les chefs de mouvement. De plus, avec la complicité de la police Nigériane, plusieurs responsables refugiés sont enlevés et débarqués à N’Djamena ou ils ont été extra judiciairement liquidés. C’est le cas de Goukouni Guet, Bouhari Abdelbagui, ou encore des cadres, hommes politiques et défenseurs des droits de l’homme comme Mbailaou Mianbé, Maitre Behidi, Bisso Mamadou, Bichara Digui, etc.

Les revendications pourtant légitimes et pacifiques des populations ont souvent fini par une répression dans le sang comme le démontre les massacres des Hadjarais, ouaddaiens, Tamas, etc.

C’est dans ce climat de peur et d’inquiétude que se sont déroulées les premières élections. Malgré tout, le président Deby a gagné en usant grossièrement de la fraude électorale.

Cette élection truquée n’est pas l’unique chose qui a conduit Idriss Deby à consolider et durcir son système. Avec l’aide extérieure, Deby a trouvé une thérapie dénommée la Démocratie Consensuelle et Participative « DCP ». C’est une trouvaille qui consiste à faire en sorte que la minorité gouverne et la majorité se trouve dans l’opposition. A partir de ce moment, Deby a rompu le Dialogue avec tout le monde. Il a tout remis en cause en ramenant tout à sa propre personne. Il est devenu à la fois, la constitution, la Loi. Le Tchad qui sort du parti unique, est ainsi tombé dans une institution unique qui s’appelle le président General de Corps d’armée Idriss Deby Itno. Dès lors, il a tout à sa portée :

  1. 1. la bienveillance de Paris lui sert de cuirasse contre les regards curieux des organisations de défense des droits de l’Homme.
  2. 2. La tutelle généreuse de la BM et du FMI lui permet d’une part, sous couvert de l’ajustement structurel, d’obtenir des financements qu’il détourne allégrement et les exemples sont nombreux, et d’autre part, de bénéficier d’une manne pour payer les fonctionnaires afin que les recettes nationales puissent servir aux prébendes et à l’entretien d’une clientèle toujours plus avide.
  3. 3. Une assemblée nationale dont les membres sont à 2/3 triés par lui-même, vote des lois dans une complaisance démesurée.
  4. 4. Une justice corrompue et placée au service de l’exécutif,
  5. 5. Une administration centrale et régionale truffée des incompétents soigneusement choisis pour torpiller la hiérarchie administrative à la demande de Deby chaque fois qu’il en a besoin.
  6. 6. Une armée et une force de sécurité qui n’obéissent qu’à ses ordres, des mains aux couteaux longs, toujours prêtes à frapper dans l’ombre comme au grand jour.
  7. 7. Une police et une Agence de sécurité chargées de raquettier la population et d’épier les activistes de tous genres.
  8. 8. Une garde prétorienne doublée d’une garde nationale et nomade, dotées d’un arsenal de guerre dont la mission exclusive est de veiller au bon sommeil du président.
  9. 9. Enfin un service des douanes dominé par les neveux, les cousins, les frères et les sœurs qui déposent d’abord les recettes chez le président après s’être servis et s’il ya un reste, on le dépose pour mieux le reprendre au trésor public. La corruption s’est installée en règle de fonctionnement et le détournement des biens publics est devenu une pratique légale.

C’est dans ce climat que Deby a fini un premier mandat. Aucun empereur au monde n’aura géré son pays comme le fait Idriss Deby. Pendant ce temps, l’impunité organisée ronge les populations dans les villes comme dans les villages telle une force étrangère dans un pays conquis. Les crimes crapuleux, les tortures pour un oui ou un non, les rackets, et les amendes injustifiées, la spoliation des biens de toute sorte sont devenus monnaie courante.

Cette situation insupportable à révolté même les plus proches de Deby. Et comme dans le système aucune autre force ne peut le renverser, ils ont décidé de le laisser finir son second mandat avant de l’écarter pacifiquement. C’était sans compter désormais avec l’ambition gloutonne de l’homme. Il décida d’amender la constitution pour se faire élire sans contrainte. Ce fut la goute d’eau qui déborda le vase.

De toute part les armes sont désormais affutées. Personne n’est prête à accepter que ces pratiques dépassées puissent définitivement s’installer dans le pays. Les espoirs se sont estompés :

  • Plus personne ne croit à la démocratie,
  • Le dialogue est rompu,
  • L’arrogance du système est ouvertement affichée,
  • La gouvernance est catastrophique,
  • Le découragement a atteint son comble,
  • Le tissu social connait une fracture toujours plus béante,
  • La patrie est en danger.

Après les élections présidentielles de 2001, personne ne pouvait attendre quelque chose de ce système. Tous les hommes assoiffés de justice et d’égalité, ne songeaient plus qu’a reprendre les armes. Un a un ils quittaient le pays. Pendant ce temps, les proches de Deby qui n’en pouvaient plus ont, à leur tour, fourbi leurs armes. C’est ainsi que le 16 mai 2004 une tentative de coup de palais a avorté. Ce qui a eu pour conséquence l’affaiblissement du système qui est désormais rongé de l’intérieur. Les putschistes malheureux ont rejoint les autres rebelles avec armes et bagages.

Telles sont les conditions dans lesquelles est née l’opposition politico-militaire. La résistance armée qui a choisi les armes à contre cœur, n’a raté aucune occasion pour montrer sa disponibilité au dialogue constructif.

Aussi, sachant que Deby ne respecte aucun engagement, et les preuves sont nombreuses, l’opposition politico-militaire a toujours revendiqué un parrainage plus sérieux et en particulier celui de l’ONU ou de l’Union Européenne. A chaque fois, le président Deby rejette la demande avec force et s’oriente plutôt vers la Libye sachant qu’avec Kadhafi les choses sont plus médiatiques et éphémères, donc rien de sérieux. C’est la signature des accords après lesquels on ne lève plus un petit doigt. Ensuite l’accord avec Youssouf Togoimi du MDJT reste sans suite. Il est assassiné dans un hôpital de Tripoli, sans que personne ne sache où se trouve son corps jusqu’aujourd’hui. C’est aussi le cas de l’accord avec Mahamat Nour Abdelkerim du FUC devenu ministre de la défense pour quelques mois pendant lesquels il a failli perdre la vie. Et enfin l’accord de Syrte du 25 octobre 2007 qui a volé en éclats un mois plus tard. Même les signataires de l’accord politique du 13 Aout 2007 n’ont pas été épargnés à l’exemple du Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh assassiné froidement par la garde prétorienne de Deby.

Pour toutes ces raisons, les mouvements politico-militaires opérant à l’est du Tchad, souhaitent vivement que l’union européenne s’implique concrètement pour piloter une sortie de crise dans le conflit Tchadien.

L’Accord du 13 Aout 2007 parrainé par l’UE ne peut avoir une mise en œuvre sérieuse que s’il est intégré par les politico-militaires.

En effet, en dehors du fait qu’il a pris en compte les meilleures conditions d’une élection transparente, l’accord laisse entières les questions suivantes :

  • Armée et sécurité,
  • La reforme de l’Etat et en particulier les questions de l’administration territoriale,
  • La moralisation des services publics et en particulier les questions de la corruption et du détournement des deniers publics,
  • La réconciliation nationale dans un contexte de contrat social qui prend en compte la justice, l’égalité, le respect de la dignité humaine, la démocratie etc.
  • Un changement profond du gouvernement dans lequel le premier ministre aura des pouvoirs réels,
  • Le désarmement des civils et la démilitarisation des grands centres,
  • Le cantonnement des forces de l’opposition et leur intégration dans les différents services de l’armée et de la sécurité au vu d’un processus de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR) strictement observé,

Si seulement l’UE est disposée à entendre d’autres versions des faits que celle unique du régime du président Deby, elle sera plus juste et efficace dans sa contribution effective à résoudre un des problèmes les plus épineux de l’Afrique aujourd’hui.

Notre disposition est entière pour une solution pacifique. Dans le cas échéant, nous nous condamnerons à l’ultime choix que personne ne souhaite.

Pour le RFC
Le Secrétaire Général
Mahamat Abdelkerim Hanno

Pour l’UFCD
Le Commissaire aux relations extérieures
Houlé Djonga Djonkamla

Pour l’UFDD
Le Secrétaire Général
Abakar Tollimi

Pour l’UFDD-F
Le Commissaire à la communication, Porte parole
Moukhtar Yahya El-Hadj